J’ai eu le privilège de rencontrer Eléonore Caroit à l’Assemblée nationale au mois de décembre, je vous invite à découvrir son brillant parcours.
Par Diane Cardoso-Gomes, fondatrice de Paris Latina News

Bonjour Eléonore, j’ai cru comprendre que vous étiez franco-dominicaine, vous êtes née à Paris le 8 juillet 1985… Pourriez-vous nous raconter votre parcours académique ?
Eléonore Caroit : Je suis franco-dominicaine, née à Paris de père français et de mère dominicaine. À l’âge de trois ans, mes parents ont choisi de s’installer en République dominicaine, où j’ai effectué l’intégralité de ma scolarité au lycée français de Saint-Domingue, un établissement du réseau AEFE, offrant un enseignement français à l’étranger.
Après l’obtention de mon baccalauréat, j’ai poursuivi mes études à Sciences Po Paris, où je me suis spécialisée en droit. Cette spécialisation m’a permis de réaliser un double diplôme avec l’Université Paris I, avant de partir aux États-Unis pour y compléter un LLM (Master of Laws), une maîtrise en droit. J’ai ensuite passé le barreau à New York, puis à Paris. J’ai exercé la profession d’avocate pendant plus de dix ans, notamment à Paris et à Genève.
Par la suite, j’ai épousé un Franco-Suisse, ce qui m’a aussi permis d’acquérir la nationalité suisse. Durant toutes ces années, ma carrière d’avocate a constitué mon activité principale, et j’ai évolué dans cet univers, sans m’impliquer activement dans la politique.
Cependant, en 2017, dans un contexte de reconfiguration politique marqué par une ouverture à la société civile, mon intérêt pour l’engagement public s’est intensifié. J’ai toujours été animée par des préoccupations d’intérêt général et je commençais à participer activement à des débats d’idées, notamment sur des sujets relatifs à l’éducation, secteur dans lequel mes enfants étaient eux-mêmes scolarisés dans le réseau de l’enseignement français à l’étranger.
C’est dans ce cadre que j’ai décidé de me lancer en politique. En 2022, j’ai décidé de me présenter aux élections législatives. J’ai ensuite été réélue à deux reprises : d’abord en raison de l’annulation de l’élection pour des raisons techniques, puis à la suite de la dissolution de l’Assemblée.
Depuis lors, j’exerce mes fonctions de députée, avec pour priorité l’engagement envers la société civile et l’intérêt général.
Félicitations pour ce beau parcours, on va revenir sur la visite du président Emmanuel Macron en Amérique du Sud notamment au Chili, en Argentine et au Brésil. Vous l’avez accompagné au Chili si je ne me trompe pas…
Absolument, en effet, j’avais déjà eu l’opportunité d’accompagner le président lors de sa première visite bilatérale en Amérique latine, qui faisait suite à sa participation au G20 en Argentine il y a quelques années. Il s’est ensuite rendu au Brésil en mars 2023, où la visite s’est déroulée de manière très satisfaisante. En novembre dernier, j’ai à nouveau pu l’accompagner sur une partie de son déplacement en Amérique latine.
Au Brésil, le président a principalement participé aux discussions du G20, tandis qu’en Argentine, la visite a été particulièrement courte, se limitant à un séjour de seulement 24 heures. Malgré cette brièveté, c’était un déplacement très significatif, illustrant un regain d’intérêt de l’exécutif pour l’Amérique latine, un continent que je défends avec conviction depuis mon élection. En effet, je pense que l’Amérique latine, bien qu’encore marquée par une francophilie et une francophonie qui perdurent, demeure trop souvent dans l’angle mort de la politique étrangère française. Il est important de soutenir et de renforcer ces liens historiques, même si leur importance tend à s’estomper.
La visite présidentielle a revêtu une grande importance, et l’un des moments marquants a été le discours prononcé au Chili devant les deux chambres du Congrès. Ce discours a mis en lumière les relations stratégiques entre la France et l’Amérique latine, et plus particulièrement entre nos deux pays. Il a souligné l’intérêt de la France pour cette région et marqué un engagement fort en faveur du renforcement de nos partenariats.
Un autre moment significatif a été l’appel de Valparaiso pour la protection des océans, une initiative partagée avec le Chili. Cette démarche, essentielle pour la préservation de notre environnement, souligne l’importance des océans en tant que principaux capteurs de carbone. Elle témoigne également de notre responsabilité collective envers les générations futures et de l’urgence d’agir pour la sauvegarde de notre planète.

J’ai vu que vous étiez très concernée justement par les enjeux environnementaux même en Norvège…
Absolument, la France a été l’un des premiers pays à adopter une position résolue en faveur de l’interdiction de l’exploitation minière des fonds marins. En effet, alors que d’autres nations plaident davantage pour un moratoire sur cette activité, la France s’est clairement engagée contre celle-ci. Il convient de rappeler qu’une convention internationale signée en 1982 stipule que, à terme, les États pourraient délivrer des licences d’exploitation pour les grands fonds marins. Or, l’exploitation de ces fonds implique l’utilisation de tracteurs sous-marins qui peuvent potentiellement détruire des écosystèmes fragiles, le tout dans le but de récupérer des minerais rares. La France, pleinement consciente des dangers environnementaux associés à cette exploitation, a pris position fermement contre, notamment grâce à l’impulsion de parlementaires.
Tous les pays ne partagent pas cette position. La Norvège, par exemple, avait envisagé de débuter l’exploitation minière des fonds marins. Face à cela, j’ai pris l’initiative d’envoyer une lettre à nos homologues norvégiens et aux autorités norvégiennes pour leur demander de renoncer à ce projet. Il est désormais scientifiquement prouvé que cette exploitation causerait des dommages irréversibles aux écosystèmes marins. Cette initiative a abouti à un succès, puisque nous avons réussi à convaincre la Norvège de suspendre son projet. Cela constitue, à mon sens, une véritable victoire pour la protection des océans.
Justement dans le cadre de vos missions, vous allez souvent sur le continent latino-américain…
Oui, absolument. Je me rends sur le terrain pour deux raisons principales. Tout d’abord, ma mission première est de rencontrer mes concitoyens afin de porter leur voix à l’Assemblée nationale. À cet égard, mes déplacements sont comparables à ceux d’autres députés qui retournent régulièrement dans leurs circonscriptions. Évidemment, il m’est impossible de me rendre sur place chaque week-end. Toutefois, ce que je m’efforce de faire, c’est de regrouper mes déplacements afin de pouvoir visiter un nombre significatif de pays, sur des périodes plus prolongées, en espaçant mes déplacements autant que possible.
Je mets un point d’honneur à rencontrer les Français qui ne vivent pas uniquement dans les capitales, mais aussi dans des zones plus éloignées. Cela implique parfois de recourir à des moyens de transport divers et variés, y compris des bus, pour me rendre dans ces régions. L’objectif est véritablement d’aller à la rencontre des Français là où ils se trouvent et pas uniquement dans les capitales, d’écouter leurs préoccupations quotidiennes et, par la suite, de porter leurs demandes au sein du débat public en France.
J’ai une question assez éloignée de la politique, quelles sont vos passions dans la vie ?
J’ai plusieurs centres d’intérêt, certains plus anciens, d’autres plus récents. Récemment, j’ai découvert une véritable passion pour la cuisine, née pendant la période du COVID. Cependant, cette passion est demeurée et m’a conduite à approfondir mes connaissances sur la nutrition ainsi que sur l’éducation à l’alimentation. Je suis convaincue que lorsque l’on comprend que cuisiner n’est pas une tâche complexe, un véritable univers s’ouvre à nous. Cela permet également de prendre conscience de certains enjeux, tels que la sédentarité de nos modes de vie et la consommation d’aliments souvent nuisibles, tant pour notre santé que pour la planète. Cette situation résulte en grande partie du manque de temps accordé à l’achat de produits frais au marché et à la préparation des repas.
En ce qui concerne mes passions plus anciennes, elles incluent le théâtre et la danse. Dans ma jeunesse, j’ai pratiqué la danse classique, une discipline que j’affectionne particulièrement, et j’éprouve toujours un grand plaisir à danser.
Vous pratiquez des danses latines également j’imagine…
Absolument, chaque occasion est une bonne occasion.
J’ai lu que vous parliez non seulement le français, l’espagnol, l’anglais, mais aussi le portugais et l’Italien, ce qui est une vraie richesse culturelle…
Tout à fait. Le français et l’espagnol sont mes langues maternelles. En ce qui concerne l’anglais, ayant grandi dans les Caraïbes, sous l’influence de la culture américaine, il a été relativement facile, voire naturel, de m’imprégner de cette langue et de cette culture. Quant à l’italien, j’ai choisi de l’apprendre durant mes années de lycée. Étant déjà familière avec d’autres langues latines, j’ai estimé que cela constituerait une richesse supplémentaire. En effet, une langue étrangère vous ouvre un nouvel univers et permet de créer un lien différent lors de vos voyages. Enfin, le portugais, que j’ai appris pendant mes études universitaires, a été d’une grande utilité, et continue de l’être dans mes échanges avec les citoyens que je représente, dont une large part réside au Brésil.
Dernière question, quel message transmettriez-vous aux jeunes qui souhaiteraient devenir député(e) ?
Je leur dirais qu’il faut foncer, que parfois la politique peut avoir l’air éloignée de nos préoccupations quotidiennes où finalement faite pour une sorte de castes ou de groupes auxquels on n’appartient pas. Or en démocratie chacun doit avoir la possibilité et la responsabilité de participer à la politique. Il est essentiel d’être représenté par des personnes qui nous ressemblent et qui comprennent nos préoccupations. Dans un contexte où la politique est souvent critiquée, il est d’autant plus important de s’impliquer, de participer activement et de garder confiance en soi.

