Dans le cadre de la douzième édition des Semaines de l’Amérique latine et des Caraïbes (SALC) du 22 mai au 8 juin 2025 sous l’égide du Ministère de l’Europe et des Affaires Étrangères, j’ai souhaité mettre en lumière le Forum intitulé « L’Amérique latine partout ». Ce Forum accueille du 23 au 25 mai l’ensemble des partenaires du monde institutionnel, associatif, culturel, économique et universitaire à la Maison de l’Amérique latine. L’ASEPEF – Asociación de Estudiantes Peruanos en Francia – est le premier réseau franco-péruvien au service des étudiants et de la culture. J’ai choisi de donner la parole à Ana Medina, la coordinatrice générale de l’association qui sera présente à l’événement ce dimanche 25 mai de 10h00 à 18h00.
Par Diane Cardoso-Gomes, fondatrice de Paris Latina News

Bonjour Ana, avant de détailler les missions de l’association, peux-tu préciser de quelle région du Pérou viens-tu ? Quand es-tu arrivée en France ?
Ana : Je suis née à Lima, la capitale du Pérou, mes parents sont venus d’autres régions, ma mère du nord (Piura) et mon père du sud (Arequipa). Ils faisaient partie des millions de Péruviens qui ont migré de la campagne vers la ville au cours du XXe siècle. Ce phénomène a une connotation supplémentaire au Pérou, il signifie la « reconquête » du territoire par les indigènes (et métis) aujourd’hui appelés « cholos », après la quasi-extinction de nos frères indigènes de la côte, à la suite de la colonisation espagnole au XVIe siècle.
Je suis arrivée en France en 2009. Tout comme mes parents autrefois, j’étais une migrante, en quête de nouvelles opportunités. J’ai été attirée par l’offre académique proposée par la France.
Parle-nous de ton parcours académique justement…
Ana : J’ai effectué des études de Droit au Pérou. A mon arrivée en France, j’ai obtenu un diplôme universitaire en Langue Appliquée DULA (Droit-Economie) à Paris 1, puis j’ai fait un master recherche en Études Internationales sur l’Amérique Latine à l’IHEAL à Paris 3. Ensuite, j’ai décidé de réaliser un Master 2 professionnel en Entreprises et Échanges Internationaux à Paris 4.
Cependant, je rêvais un jour de pouvoir revenir vers mes études en Droit. En 2020, j’ai postulé à un Master 1 en Droit Social à l’Université Paris 1 que j’ai validé. Actuellement, je poursuis un Master 2 en Droit Social et Relations de travail à l’Université Paris 2.
Sur ton compte LinkedIn, j’ai lu que tu étais traductrice-interprète au Tribunal Judiciaire d’Evry-Courcouronnes…
Ana : Effectivement, je suis reconnue en tant que traductrice et interprète au Tribunal Judiciaire d’Evry-Courcouronnes. J’ai travaillé pour l’OFII (Office français de l’immigration et de l’intégration), l’Aide Sociale à l’Enfance, le Service Social, la Préfecture de Police, les Maisons d’Arrêt… J’accompagne et conseille les immigrants latino-américains dans des démarches administratives auprès de différentes institutions françaises.
J’ai également travaillé pour des entreprises internationales dans différents services (commerciaux, publicité et assurances).
Pour quelles raisons as-tu intégré l’ASEPEF ?
Ana : Au départ, ce qui m’a attirée dans l’association, c’est son implication en faveur des jeunes, la promotion de la culture péruvienne et surtout les conseils qu’elle prodiguait aux nouveaux arrivants en France. J’ai également apprécié que l’association favorise les liens avec les autorités péruviennes et françaises à des fins académiques et culturelles. Par la suite, j’ai réalisé différentes missions pour l’association, et à chaque étape de ce processus j’ai cherché à contribuer au maintien d’une valeur ancestrale de notre pays d’origine : l’Ayni. Ce principe ressemble à ce que nous nommons la réciprocité, il ne se limite pas à l’individu ou à l’institutionnel. Il est avant tout communautaire, écologique, et même spirituel.

Comment l’ASEPEF a-t-elle évoluée depuis ton arrivée jusqu’à aujourd’hui ?
Ana : L’ASEPEF est une association généraliste qui a élargi ses objectifs et ses missions au fil du temps. De cette façon, l’association organise des activités destinées à un public plus large, en particulier aux ibéro-américains (y compris les latino-américains, les Espagnols et les Portugais). L’association favorise l’intégration entre les différentes communautés latino-américaines en France. À cela s’ajoute la promotion de bonnes relations et de partenariats destinés aux communautés de la péninsule ibérique car ce sont les deux cultures européennes qui ont historiquement eu la plus grande influence sur l’Amérique latine. Nos activités comportent plusieurs niveaux et domaines de travail. Nous avons des activités ASEPEF destinées aux étudiants de diverses disciplines académiques et d’autres activités ASEPEF ALUMNI destinées aux diplômés, aux professionnels et aux chercheurs.
Il existe des espaces plus spécifiques tels que « Científicos Peruanos en Francia », “Cine ASEPEF France” (promeut des événements cinématographiques et participe à des festivals à travers des partenariats), “ASEPEF Women” et “ASEPEF Artes”. Les activités de l’association sont si variées et couvrent tant de sujets que nous sommes étonnés du chemin parcouru sans ressources financières importantes. Toutes les activités que j’ai mentionnées ne se limitent pas seulement au public latino-américain. Cependant, il existe des activités plus directement destinées à la communauté péruvienne, comme celles organisées par “Blanquirroja Oficial France”, un espace pour les amateurs de sport et les fans des équipes sportives péruviennes.
En outre, il existe au Pérou des adeptes de l’association appelée « ASEPEF – Siège Pérou », avec laquelle nous formons également des partenariats de solidarité internationale.
L’Asepef, en général, maintient la communication avec les réseaux sociaux des Péruviens du monde entier. Le site officiel du ministère péruvien des Affaires étrangères a publié à plusieurs reprises des communiqués de presse reconnaissant notre association comme le premier réseau international d’étudiants, de professionnels et de chercheurs péruviens dans le monde. En général, quel que soit le gouvernement au pouvoir, l’ASEPEF entretient de bonnes relations avec les autorités diplomatiques péruviennes au profit des jeunes, des étudiants et de la communauté péruvienne en général. Cela remonte à la création de l’association en 2003, réalisée avec le soutien de l’ambassadeur Javier Pérez de Cuellar (l’un des plus importants diplomates péruviens qui est devenu secrétaire général de l’ONU entre le 1er janvier 1982 et le 31 décembre 1991).
Quels sont les projets récents (culturels, éducatifs et sociaux) ?
Ana : Nous organisons de manière récurrente des permanences académiques, des permanences juridiques, des conférences pour la Journée des Droits des Femmes, la Chocolatada Navideña (une tradition de partage et de fraternité au sein de la communauté péruvienne). Nous participons activement aux Semaines de l’Amérique Latine. Cette année nous présentons 6 conférences sur les sciences (Científicas Latinas en Francia : Rompiendo fronteras en Nanotecnología y física cuántica), sur la langue quechua (Le robot “Yachaj” : Le quechua appliqué aux sciences), sur Visas Vacances Travail : Retour d’expérience, sur un sujet de droit (la Cooperación Judicial entre Perú y Francia. Análisis del Tratado de Extradición de 1874), sur Flora Tristán : Entrelazamiento Transnacional en las luchas sociales et nous sommes présents au Forum qu’organise la Semaine de l’Amérique Latine.
Comment est-il possible de soutenir l’association ?
Ana : Il existe plusieurs façons de soutenir l’association. Contrairement à d’autres associations qui emploient des salariés, lorsqu’il s’agit d’organisations ayant un large éventail d’activités comme la nôtre, nous basons notre travail entièrement sur le bénévolat. Nous dépendons donc des dons volontaires, qui peuvent être effectués en contactant l’ASEPEF. La plupart des dons ne sont pas toujours en espèces ; nous recevons du soutien sous forme de produits ou de biens.
Il existe d’autres possibilités tout aussi importantes de soutenir l’association : elles vont du bénévolat sur une mission spécifique jusqu’à l’offre de stages aux étudiants.
Merci Ana de nous avoir fait découvrir cette association péruvienne en France.
Retrouvez tout le programme du Forum sur le site de la Maison de l’Amérique latine.

