Alexia Lafitau, co-fondatrice et directrice de l’agence Mexikoo

Bonjour Alexia, je suis ravie de pouvoir présenter ton agence de voyage Mexikoo sur Paris Latina News. 

Bonjour Diane, je te remercie d’avoir pensé à moi. 

Peux-tu nous partager ton expérience au Mexique et la création de Mexikoo en 2017 ?

Je suis arrivée au Mexique le 1er janvier 2016 avec Elise, mon associée et co-fondatrice. Nous étions au Luxembourg à l’époque, on s’est rencontrées dans une agence de com digitale. On avait envie d’entreprendre, on avait des idées très différentes. On voulait créer une application pour faire de la gestion de copropriété de bateaux. Rien à voir ! Mais ce que l’on voulait, c’était entreprendre ensemble. Elise devait faire un semestre d’échange au Mexique, dans une école de commerce et je lui ai dit: “Non mais attends si tu t’en vas six mois au Mexique, c’est sûr que notre projet va tomber à l’eau! On ne va jamais entreprendre ensemble.” J’ai démissionné de l’agence de com digitale et je l’ai suivie. 

J’ai commencé à travailler très tôt, du BTS jusqu’au master j’ai tout fait en alternance. J’avais jamais vécu cette expérience à l’étranger, j’avais prévu de faire un peu de Freelance pendant qu’elle était à l’école et pendant ce voyage on est parties dans la région du Chiapas. On voyageait, je me rappelle, dans des combis et dans des bétaillères. On s’est dit: “il faut faire découvrir cette région aux gens” parce que les personnes qui vont au Mexique ont l’habitude d’aller à Cancun ou à la playa del Carmen au milieu du tourisme de masse. Ce ne sont pas des régions qui transpirent vraiment le Mexique, ce sont des zones assez américanisées où l’on ne retrouve pas forcément l’essence du Mexique. Quand on a visité le Chiapas, on s’est dit: “non, mais il faut faire découvrir ça aux gens”. C’est là où on a mis d’ailleurs pour la première fois le mot sur écotourisme car à l’époque nous n’étions pas du tout issues du tourisme. Elise avait 23 ans, j’en avais 26, donc elle sortait d’un stage et moi j’avais vraiment travaillé principalement dans le digital. C’est le tourisme qui est un peu venu à nous, plus que nous sommes allées vers le tourisme. Il y a vraiment de très belles choses à faire découvrir au Mexique. Il faut mettre ces projets touristiques en lumière en leur apportant de la visibilité et ainsi redistribuer l’économie du tourisme de manière plus équitable. À la base, on voulait créer une marketplace. On s’est rendu compte qu’on ne connaissait rien au tourisme. On n’avait pas de nom dans l’industrie, on n’avait pas de contact. C’était un marché où on avait affaire à des personnes qui étaient au fin fond de la jungle, avec une réalité complètement différente de la nôtre, européenne. On a été confrontées à un choc culturel. On a commencé à vendre des voyages pour se faire un nom. Et de fil en aiguille, on a créé l’agence de voyage en 2017 et notre site internet Mexikoo (https://www.mexikoo.com).

Le premier voyage que l’on a vendu c’était assez marrant, parce que nous étions sur des groupes Facebook et à l’époque je me souviens, on n’avait même pas de site internet. Et le premier voyage qu’on a vendu, c’était justement sur le groupe Facebook : “les français à Mexico” je crois, il y avait une famille de belges dont un belge qui demandait : “est-ce que vous connaissez une agence de voyage ? Mes parents viennent au Mexique et j’aimerais passer par une agence.” Et moi, j’ai répondu : oui, on en connaît une super. Je te recommande Elise.” Elise l’a contacté et il nous a réservé un voyage pour trois personnes.  Il ne faut pas avoir froid aux yeux quand on entreprend. C’est vraiment le message à retenir : il ne faut pas avoir peur, il faut tenter le coup. Évidemment, aujourd’hui, on se dit que c’était un peu cocasse. On faisait beaucoup d’erreurs, il a fallu tout créer de A à Z. Il y avait des réflexes qu’on n’avait pas encore à l’époque et petit à petit on a mis des process dans notre agence de voyage et on demandait l’avis aux voyageurs. On s’assurait toujours de ce qu’on pouvait faire pour s’améliorer et comme on ne connaissait pas tout au début, on ne se rendait pas compte de ce qu’il fallait mettre en place pour anticiper les attentes des voyageurs. On faisait un peu en fonction de nos goûts, de nos besoins au départ et puis on s’est rendu compte que chaque humain était différent et on ne pouvait pas agir ainsi. On a fait des enquêtes, à chaque fois on prenait le temps d’appeler les voyageurs, on leur demandait ce qu’ils avaient aimé ou moins aimé. On les interrogeait avant de se lancer dans la création du voyage. On a monté notre petite équipe, on a été trois, quatre, cinq, maintenant on est douze et cela fait cinq ans qu’on a un certificat d’excellence sur Tripadvisor, durant cinq années consécutives. On vise toujours en premier la satisfaction des voyageurs, l’excellence, on voulait 5/5 tout le temps. On a tout fait parce qu’on est passionnés, on aime que les gens rêvent, on voyage.

Félicitations déjà pour Tripadvisor car ce n’est pas toujours évident d’obtenir cette récompense cinq années de suite.

Surtout qu’on ne maîtrise pas tous les éléments de la chaîne, ce qui est très compliqué dans notre métier c’est que l’on doit avoir à peu près 20 à 25 services par voyage, entre les locations de voitures, les transferts, les transports, les hôtels, quelquefois des restaurants, des activités, et on doit maîtriser la qualité de l’ensemble de la chaîne. Maintenir l’excellence c’est hyper difficile. Le Mexique est un territoire immense, on ne peut pas être partout tout le temps. On tient un indice de qualité, il faut vraiment avoir des process bien précis. Nous, par exemple, on a notre application et j’ai développé un logiciel pour les agences de voyage, cet outil s’appelle Odys (https://odys.travel). On a mis en place des systèmes de notation dans le carnet de voyage des voyageurs où ils peuvent nous laisser des commentaires en temps réel avec des notes. Et ces notes là, on s’en sert, on les analyse. On a vraiment intégré l’analyse de données dans nos process pour allier l’aspect humain et que les chiffres viennent aider les décisions humaines. Odys concrètement est un logiciel pour les agences de voyage qui permet de gérer toutes les opérations, de créer les itinéraires sur-mesure, On voit les notes des fournisseurs, les commentaires et on peut vraiment en temps réel choisir les meilleures prestations pour les voyageurs en fonction de toute la donnée qu’on a récoltée.

On a une app digitale pour le voyageur avec tous les conseils, tous les restaurants qu’on propose, on essaie vraiment d’allier la qualité du service et l’accompagnement en s’adaptant à la digitalisation car en 2024 il faut essayer d’innover et de se renouveler pour apporter des solutions qui conviennent vraiment aux voyageurs d’aujourd’hui.

Qu’est-ce qui t’a inspiré pour le nom Mexikoo?

Je me rappelle, cela a été un vaste sujet, Mexikoo pour que tu saches, ça veut dire le lieu du nombril de la lune en langue précolombienne, le Nahualt, cela nous a tout de suite inspiré. C’est poétique, la base sémantique du Mexique, Mexikoo c’était l’endroit où vivaient les mexicas, c’est le dernier peuple préhispanique avant l’arrivée d’Hernan Cortès, lors de la colonisation espagnole. C’était eux qui dominaient un petit peu toutes les sous civilisations, On a eu un coup de cœur pour Mexikoo bon après personne ne sait jamais vraiment comment le prononcer (rires). Cela se prononce ME-CHI-KOO, en fait le X en langue Nahualt préhispanique se prononce CH.

Pourrais-tu nous décrire ta passion pour le Mexique ? 

Cela fait plus de sept ans que je veux promouvoir le Mexique donc évidemment je suis tombée amoureuse de tout ce qui touche à la culture. Ce que j’ai particulièrement aimé, c’est le bagage historique. Personnellement, je me suis même plus intéressée à l’histoire du Mexique qu’à celle de la France. Je trouve que c’est un bagage historique incroyable. Il y a un métissage culturel, de manière générale assez fou, que ça soit sur la gastronomie, culturellement, dans le comportement, sur l’architecture J’adore le métissage culturel, de manière générale, du Mexique. Je suis tombée amoureuse des gens. J’ai l’impression que j’ai appris à devenir heureuse au Mexique, Il y a un rapport à la manière d’accueillir les problèmes de la vie de manière hyper différente. Quand je suis arrivée de France, je suis arrivée avec un bagage très français, de me plaindre un peu de tout, de toujours critiquer, mettre le doigt toujours sur quelque chose de négatif. Et au Mexique, j’ai eu beaucoup de leçons de vie sur le fait d’accepter les choses telles qu’elles sont et que le bonheur il dépend juste de toi et il ne dépend pas des éléments extérieurs, et que si j’étais pas heureuse, c’était à cause de moi, ce n’était pas à cause de la vie. Au Mexique, j’ai eu tellement de leçons de ce type là, j’ai vu des gens qui vivaient dans des conditions hyper précaires et c’est un euphémisme. Mais accueillir la vie avec le sourire, éclater de rire, danser, chanter, vivre au jour le jour, prendre la vie telle qu’elle est. C’est vraiment pour cela que je vais y faire ma vie. Ici j’ai appris à être heureuse et cela n’a pas de prix. C’est venu dépasser tout le reste, évidemment que j’affectionne énormément. La plus grosse qualité des mexicains, c’est vraiment leur lumière, ce sont des gens solaires, qui ne se laissent pas abattre, malgré les grosses difficultés qu’ils ont dans leur vie. J’ai envie de transmettre cela à mes voyageurs ou aux gens qui viennent au Mexique, parce que c’est vraiment le plus gros cadeau que je me suis fait au Mexique, la manière de transmettre le bonheur d’une personne à l’autre. C’est vraiment ce que j’aimerais faire ressortir de ce pays et ce que j’aimerais transmettre aux gens autant que possible, parce que c’est vraiment ma plus grosse leçon que j’ai apprise au Mexique. Cela sonne évident de dire qu’on est maître de notre propre bonheur et que le bonheur ne dépend que de nous, mais il y a des concepts comme ça qu’on entend plein de fois mais ça ne nous touche pas réellement. Et quand on a vraiment pris la mesure, et quand ça nous touche et que ça impacte nos décisions du quotidien, je trouve que ça a vraiment du pouvoir. C’est mon histoire d’amour avec le Mexique, je me sens d’ailleurs franco-mexicaine.

Dans ta vidéo intitulée “Mexikoo local hero chez Evaneos”, tu évoques ta région coup de cœur la basse Californie. Les images sont magnifiques, je comprends ton choix. Peux-tu nous en dire davantage sur cette région justement ?

C’est une très belle région, très différente des autres régions, elle a ses propres charmes et ses propres caractéristiques. Pour les amoureux de paysages un peu lunaires et la biodiversité marine, c’est le paradis. D’ailleurs c’était le paradis de Jacques Cousteau la mer de Cortez.

Qu’est-ce qui distingue ton agence des autres?

Maintenant il y a un vrai “engouement ou mode” sur le tourisme écoresponsable, et tant mieux puisque je suis en faveur de toutes les modes qui ont un impact positif. A l’époque, quand on a lancé l’agence, on était la seule agence. Je crois qu’il y avait une autre agence Totonal qui partageait un peu le même ADN que nous mais plus orienté social et nous plus éco, même si évidemment l’aspect social nous intéresse. On a vraiment énormément développé les initiatives écologiques pour réduire au maximum l’impact de nos voyages. Quand on a lancé Mexikoo, il y avait vraiment un ADN hyper affirmé, on n’était que deux sur le Mexique, à proposer des offres qui allaient un petit peu dans la même direction, même si ce n’était pas exactement les mêmes. Notre cheval de bataille depuis le jour numéro un, c’est la cause animale. Je suis végé. La cause animale c’est hyper important pour moi. Elise aussi d’ailleurs on partage les mêmes valeurs. On voulait une entreprise qui reflète notre ADN. Assez naturellement ça s’est fait et cela a été vraiment notre positionnement parce que nos valeurs étaient hyper profondes. En plus de l’aspect écoresponsable, je pense qu’on se distingue vraiment par notre souci du détail et notre volonté à vouloir faire de l’excellence. On essaie vraiment de nous rechallenger tout le temps sur l’expérience des voyageurs. Qu’est-ce qu’on peut faire de plus, comment peut-on les surprendre? Chaque fois on se challenge sur quelles expériences on peut apporter, créer des chasses au trésor pour les enfants dans les sites archéologiques, essayer de se creuser un peu la tête pour voir qu’est-ce qu’on peut faire pour créer une expérience un peu unique pour chaque voyage. On a des attentions voyageurs, des petits cadeaux à l’arrivée qui sont personnalisés. On essaie vraiment de faire quelque chose au-delà de l’aspect écoresponsabilité et essayer d’avoir un impact le plus positif possible lors des voyages. Je pense qu’on se distingue beaucoup, en tout cas c’est ce qui ressort dans nos avis Tripadvisor c’est vraiment l’amour et le service des équipes envers les voyageurs. On est toujours disponible 7j/7 – 24h/24. On a une personne à disposition pendant les voyages pour réserver des restaurants, des massages. Je pense qu’on se distingue beaucoup aussi sur la qualité du service qu’on apporte pendant le voyage. On ne se contente pas juste de réserver des prestations et puis après on laisse le voyageur tout seul. Il y a une vraie expérience aussi pendant le voyage, et je pense que c’est ce qui ressort pas mal des retours de nos voyageurs de manière générale. Ils n’ont jamais été autant accompagnés pendant un voyage et en réalité ils se sentent aux petits soins. C’est la deuxième chose qui nous caractérise le plus, après notre positionnement d’écoresponsabilité, ou maintenant tout le monde veut être un peu écoresponsable. Finalement j’aurais plus tendance à dire que c’est notre atout différenciateur. L’amour que l’on met dans la confection des voyages et dans le suivi des voyageurs qui nous distinguent principalement. 

J’ai étudié les civilisations précolombiennes lors de mes études à l’université, que me recommandes-tu comme itinéraire d’exception?

Il y a plein d’options si t’as étudié les civilisations précolombiennes, je te demanderais quelle civilisation te plait le plus car dans le Mexique il y a des zones où il y a les mayas, dans la région de Oaxaca il y a les zapotèques, ce sont d’autres civilisations. Je commencerai par creuser un petit peu en demandant qu’est-ce que la personne a déjà vu, par quelle civilisation elle est intéressée ?  En fait au Mexique il y a toute la Mésoamérique où l’on peut retrouver les vestiges précolombiens. Cela peut aller même jusqu’au Guatemala, en allant vers le sud. C’est vrai qu’on a déjà eu des voyages comme ça avec des personnes qui sont hyper passionnées de civilisations précolombiennes, et il faut plusieurs voyages.

J’imagine, j’avais étudié plus spécifiquement les aztèques et les mayas.

Je partirai plus vers le Chiapas, après on peut aller jusqu’au Guatemala en passant par Tikal. Dans le Chiapas il y a beaucoup de sites archéologiques qui ne sont pas encore connus. Il y a Tonina qui est un très beau site archéologique. Nous on propose d’aller au bord de la frontière guatémaltèque, il y a deux sites qui sont très beaux Yaxchilàn et Bonampak. Il y a des peintures murales très bien conservées, je crois que ce sont les peintures murales de l’époque qui sont les mieux conservées en Mésoamérique. C’est un site très intéressant. Ensuite on traverse le fleuve Usumacinta et de l’autre côté on est au Guatemala et il y a un site que j’affectionne énormément qui s’appelle Piedras Negras. Je l’affectionne beaucoup parce qu’il n’a pas été beaucoup restauré. On est un peu dans une ambiance Indiana Jones dans la jungle, on est dans un environnement assez brut. Il y a beaucoup d’histoires parce que Piedras Negras était le rival de Yaxchilàn et tout le monde connaît Yaxchilàn au Mexique. J’aime beaucoup proposer à nos voyageurs ce site archéologique, il y a une sensation d’exclusivité, de sentir qu’on est un peu les explorateurs et les premiers à découvrir ce site. Je me souviens que j’étais la seule du mois à le visiter. Il y a aussi une ambiance assez particulière sur ce site archéologique qui est du côté guatémaltèque mais on y accède depuis le Mexique. J’aurais tendance à citer vraiment le Chiapas, même si dans le Yucatan il y a des sites intéressants, sur la route Puuc notamment du style Puuc (signifie « monticules ») c’est un style architectural. Sur cette route il y a beaucoup de sites archéologiques qui sont très bien restaurés, qui sont magnifiques mais c’est vrai que le Chiapas a son charme et cela nous permet de vite basculer du côté du Guatemala, où il y a énormément de vestiges donc j’aurai tendance à proposer ce voyage là.

J’ai pensé à toi car j’ai vu un documentaire sur Tulum, l’ancien empire maya sur RMC Story, que penses-tu de ce site ?

Le site de Tulum, c’est un vestige maya vu sur les Caraïbes, c’est assez dingue. On a déjà organisé là-bas des demandes en mariage puisque le cadre est assez sublime au lever du soleil, à six heures du matin. Mais foncièrement le site de Tulum ne regorge pas beaucoup d’histoire c’était un petit port commercial où ils vendaient du sel et du miel. Le site était très bien placé car cela permettait d’observer qui venait. Mais il n’y a pas véritablement de grands empires qui ont vécu une grande histoire.

J’espère pouvoir un jour visiter ce magnifique pays et je ne manquerai pas de venir te voir.

Avec plaisir : “Mi casa es tu casa” et je trouve vraiment chouette que tu mettes en valeur des personnes différentes, des personnes qui t’inspirent autour de toi. La vie n’est pas faite de hasard mais de rencontres. Je ne crois pas au hasard mais au pouvoir de l’attraction et en fait quand on fait quelque chose qu’on aime et qu’on agit d’une certaine façon, ça attire les personnes qui te correspondent, qui partagent les mêmes valeurs, ça va attirer des opportunités professionnelles qui sont en accord avec ce que tu veux. Je crois beaucoup en la loi de l’attraction.

Je te remercie Alexia pour cet échange profondément humain et sincère. Continue d’illuminer ton chemin et celui de tes voyageurs comme tu sais si bien le faire. La loi de l’attraction j’y crois énormément aussi. D’ailleurs cette rencontre professionnelle n’est pas un hasard mais un très joli rendez-vous. 

Viva Mexikoo!