María Luisa Trujillo donne la parole à la communauté colombienne dans son nouveau podcast Latitud 4

Le mardi 17 février 2026, j’ai eu le plaisir d’assister à la soirée de lancement du podcast « Latitud 4 » dans le 8e arrondissement à Paris. Je tenais à remercier María Luisa Trujillo à l’initiative de ce projet pour sa confiance ainsi que le Consulat général de Colombie à Paris pour l’invitation. 

Par Diane Cardoso-Gomes

María Luisa TrujilloLatitud 4 Podcast
©Ambassade de Colombie en France

Bonjour María Luisa, encore toutes mes félicitations pour cette belle initiative. Avant de parler du podcast, peux-tu nous partager ton parcours ?

María Luisa : Bonjour Diane, tout d’abord merci pour cette belle opportunité de présenter Latitud 4, c’est un véritable honneur pour moi de pouvoir prendre la parole dans cette interview et de mettre en lumière des trajectoires colombiennes encore trop peu visibles.

Je suis avocate colombienne, formée d’abord en Colombie puis en France. J’ai étudié le droit à l’Université EAFIT à Medellín, avant d’obtenir un M2 en Droit administratif à l’Universidad Autónoma Latinoamericana. J’ai ensuite exercé pendant près de sept ans au sein d’un cabinet colombien spécialisé en responsabilité civile et assurances, dirigé par l’ancien magistrat à la Cour Javier Tamayo Jaramillo.

Mon envie d’exercer le métier d’avocate à l’échelle internationale m’a conduite en France. Je suis arrivée à l’Université Paris-Panthéon-Assas pour y suivre un DSU en droit international privé, puis un Master 2 en droit des affaires internationales.

Très vite, avec d’autres étudiants colombiens, nous avons ressenti le besoin de créer du lien. C’est ainsi qu’est née l’Association Assas Colombie, avec l’objectif de construire des ponts académiques et professionnels entre la France et la Colombie, et d’accompagner celles et ceux qui faisaient le même chemin.

Aujourd’hui, je travaille à Paris dans le domaine de l’arbitrage international chez Hogan Lovells, après une première expérience post-master au sein du cabinet DAC Beachcroft.

Comment as-tu vécu cette soirée de lancement ?

María Luisa : Cette soirée de lancement a été l’un des moments les plus émouvants de ma vie. Elle a marqué l’aboutissement d’un projet profondément personnel, né des réalités et des difficultés que j’ai moi-même constatées en tant que migrante en France.

Voir l’accueil réservé au podcast, la présence de personnalités aussi importantes lors de l’événement, et surtout la joie des Colombiennes et des Colombiens de découvrir un espace où leurs trajectoires professionnelles en France sont enfin mises en lumière, a été une immense source de fierté.

Je tiens également à remercier très sincèrement le Consulat général de Colombie à Paris pour avoir cru en cette idée dès le départ, ainsi que toute l’équipe de design, de communication et de stratégie derrière ce projet. Grâce à leur engagement et à leur travail, Latitud 4 est aujourd’hui une réalité. 

Cette soirée nous a permis de montrer ce qu’est réellement l’excellence et la discipline des Colombiens dans tout ce qu’ils entreprennent.

Quelle est ta stratégie pour convaincre un nouvel auditeur ou une nouvelle auditrice ?

María Luisa : Ma stratégie est avant tout de proposer un autre regard. Dire à un nouvel auditeur ou à une nouvelle auditrice qu’il ou elle va découvrir une vision différente de ce que font les Colombiens, de ce que nous sommes réellement, et de ce que l’on dit trop souvent de notre pays à l’extérieur.

À travers des formats courts, des images et des extraits d’épisodes, je cherche à montrer concrètement l’excellence colombienne dans des secteurs très variés de l’économie. Il ne s’agit pas de discours abstraits, mais d’exemples réels.

La stratégie repose donc sur l’exemple : montrer comment aujourd’hui des Colombiennes et des Colombiens ont un impact réel dans des industries diverses, en France et ailleurs, et contribuer ainsi à construire une nouvelle narration sur la Colombie à l’international.

Y a-t-il des sujets difficiles à aborder en Colombie que ton podcast ose traiter ?

María Luisa : Sans aucun doute, chaque histoire et chaque trajectoire comporte des défis et des opportunités. Et presque toutes partagent un point commun : une certaine forme de méfiance initiale à l’égard des Colombiens lorsqu’il s’agit de leur donner une opportunité professionnelle.

En France, l’insertion professionnelle peut déjà être complexe, y compris pour les Français. Mais lorsqu’on est immigré, cela peut être encore plus difficile. Et lorsque l’on vient d’un pays d’Amérique latine comme la Colombie, souvent associé à des narrations fortes liées à la violence, au narcotrafic ou à d’autres stéréotypes, l’accès aux opportunités devient encore plus exigeant.

Le podcast aborde cette réalité. Ces histoires montrent comment ces professionnels ont dû se rendre visibles, faire leurs preuves et s’imposer dans des environnements parfois marqués, au départ, par la méfiance.

Mais ce qui est essentiel (et profondément positif), c’est qu’aucune de ces trajectoires ne s’arrête à l’obstacle. Le fait que ces personnes soient allées aussi loin, qu’elles construisent aujourd’hui des réalités professionnelles solides dans d’autres pays, tout en maintenant un lien actif et concret avec la Colombie, constitue précisément la valeur ajoutée de ce podcast.

Qu’as-tu appris sur toi-même grâce au podcast ?

María Luisa : Le plus grand apprentissage que m’a apporté ce podcast est multiple.

D’abord, apprendre à écouter. À écouter avec attention, avec empathie et avec respect les trajectoires de chaque personne passée par le studio. Comprendre leurs parcours, leurs histoires, et en extraire l’essentiel pour les rendre visibles avec justesse.

Ensuite, il y a aussi les ponts inattendus avec mon métier d’avocate. Le contentieux m’a appris à poser des questions précises, à structurer un échange, à aller au fond d’un récit. Ces techniques d’interrogatoire, je les utilise aujourd’hui dans mes entretiens, non pas pour confronter, mais pour révéler.

Enfin, ce podcast m’a permis de reconnaître une part de moi qui existait depuis toujours : mon intérêt sincère pour les gens, pour leurs histoires, et mon goût pour l’écoute. Latitud 4 m’a permis d’assumer pleinement cette facette.

Quel message souhaites-tu transmettre aux jeunes qui liront cette interview ?

María Luisa : J’aimerais que les jeunes qui liront cette interview s’autorisent à découvrir une autre facette de la Colombie. Qu’ils prennent le temps d’aller au-delà des narrations négatives (et même au-delà de ce que l’on connaît déjà, comme les paysages, la gastronomie, la biodiversité ou la musique) pour s’intéresser aussi aux trajectoires professionnelles des Colombiennes et des Colombiens.

Ces parcours montrent comment, aujourd’hui, des professionnels colombiens ont un impact réel sur les sociétés dans lesquelles ils vivent, tout en continuant à contribuer positivement à la Colombie, même à distance.

La Colombie est bien plus que ce que l’on a souvent dit d’elle. Latitud 4 est né précisément de cette volonté : rendre visible ce dont on parle trop peu, mettre en lumière ce qui se construit avec rigueur, discipline et engagement, et qui mérite d’être reconnu et partagé.