Alicia Leos, fondatrice du Festival Femme Mariachi Europe

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Du 25 au 27 septembre 2026, Paris a mis en lumière des femmes talentueuses à l’occasion de la troisième édition du Festival Femme Mariachi Europe. Derrière ce rendez-vous, je suis partie à la rencontre d’Alicia Leos, la fondatrice de l’événement. Pour Paris Latina News, elle revient sur son parcours, la naissance du festival et les moments qui ont marqué cette édition.

Par Diane Cardoso-Gomes

Pour commencer, peux-tu nous parler de ton parcours ?                 

Alicia : Je suis chanteuse depuis toujours et je viens d’une famille d’artistes. Pourtant, j’ai d’abord choisi de m’éloigner un peu de la musique pour faire des études en sciences de la communication. Mais finalement, la musique est revenue me chercher à l’âge adulte, alors que j’étais déjà maman et installée en France.

Vers 2010-2011, j’ai recommencé à chanter avec un mariachi en région parisienne et, depuis, je n’ai plus arrêté. J’ai participé à une dizaine de projets autour des musiques traditionnelles et régionales mexicaines et latino-américaines.

En parallèle, j’ai commencé à organiser des événements culturels autour du Mexique, souvent dans un but humanitaire, pour collecter des fonds pour différentes causes. Sans vraiment le nommer à l’époque, je faisais déjà de la médiation et de la production culturelle.

En 2019, j’ai décidé de me consacrer entièrement à mes propres projets. C’est à ce moment-là que j’ai imaginé ArrieraSomos, le premier mariachi entièrement féminin créé en France. Depuis bientôt sept ans, je développe cette aventure avec un groupe multiculturel de musiciennes européennes et latino-américaines autour de l’apprentissage, de l’interprétation et de la transmission de la musique traditionnelle mexicaine. 

Puis, en 2023, j’ai créé le Festival Femme Mariachi Europe à Paris, entourée notamment de cette formidable équipe de bénévoles qui m’accompagne depuis mes premiers événements. Et nous venons tout juste de terminer sa troisième édition.

Quelle place la culture mexicaine et la musique mariachi occupent-elles dans ta vie ?

Alicia : La culture mexicaine et le mariachi sont tout simplement au centre de ma vie. Aujourd’hui, je m’y consacre entièrement, mais cela va bien au-delà de mon activité professionnelle.

Vivre loin du Mexique m’a probablement fait prendre encore davantage conscience de ce lien. C’est à travers la musique, la transmission et les projets que je crée que j’exprime et que je vis ma mexicanité. C’est une façon de rester profondément liée à mes racines, tout en les partageant dans le pays où j’ai construit ma vie.

Finalement, la culture mexicaine n’est pas seulement quelque chose que je représente ou que je défends : c’est une manière d’habiter le monde.

Comment est née l’idée du Festival Femme Mariachi Europe ?

Alicia : L’idée du festival est née bien avant sa première édition. Dès 2014-2015, alors que je rêvais déjà de créer un mariachi féminin en France, je pensais aussi à un festival qui réunirait et mettrait en lumière les femmes dans cet univers.

J’ai toujours eu cette double facette : je suis artiste et chanteuse, mais je suis aussi une femme qui crée, qui dirige et qui rassemble. Aujourd’hui, j’assume beaucoup plus naturellement cette place de leader.

Le Festival Femme Mariachi Europe est né de cette envie très profonde de montrer au public le talent des femmes dans le mariachi, leur travail, leur discipline, leur force, leur beauté aussi, et surtout de leur donner une scène et une visibilité à la hauteur de ce qu’elles accomplissent. Le projet a mis plusieurs années à mûrir, jusqu’à devenir réalité à Paris en 2023.

Quel moment garderas-tu particulièrement en mémoire ?

Alicia : Il y en a tellement… Mais ce que je garderai surtout, ce sont les visages et les yeux qui brillent, et la reconnaissance du public lorsqu’il vit ces moments. Parce qu’on y célèbre le Mexique dans toute sa richesse, mais surtout parce qu’il se produit un véritable échange culturel.

Voir notamment les enfants nés ici, comme les miens, découvrir et vivre une partie de cette culture me touche énormément. C’est d’ailleurs aussi pour cela que j’ai commencé à créer des événements : pour que mes enfants puissent vivre un peu de ce que moi, j’avais vécu enfant au Mexique, malgré la distance.

Et puis il y a des images que j’avais longtemps portées dans ma tête et qui sont devenues réelles : voir des femmes mariachis jouer au Trocadéro, par exemple. L’avoir imaginé, l’avoir réalisé dès 2023 et réussir aujourd’hui à donner une continuité au festival, malgré tous les obstacles, est une immense satisfaction.

Je garde aussi profondément dans mon cœur mon équipe, les bénévoles, le staff et toutes les personnes qui rendent cette aventure possible. Mais au centre de tout cela, la véritable reine reste la musique traditionnelle mexicaine. C’est elle qui touche le cœur des gens, et c’est elle aussi qui nourrit mon âme.

Quel bilan fais-tu de ces trois journées ?

Alicia : Le bilan est très positif et très riche, aussi bien humainement qu’artistiquement. Cette troisième édition avait une dimension particulière puisqu’elle s’inscrivait dans le cadre du bicentenaire des relations entre la France et le Mexique. La présence de représentants institutionnels des deux pays a été pour nous un véritable honneur et une belle reconnaissance du chemin parcouru.

Nous avons aussi eu un plateau artistique d’une qualité exceptionnelle. Des artistes venues du Mexique, des États-Unis, de France et d’Allemagne , et je pense sincèrement que nous avons placé la barre très haut cette année.

Humainement, c’est une immense satisfaction. Maintenant, il faut aussi regarder la réalité : produire un festival international de cette ampleur représente un travail et des moyens considérables. Je mesure aujourd’hui beaucoup mieux tout ce que cela implique. Pour continuer à grandir et inscrire le festival dans la durée, nous avons besoin de renforcer les soutiens, les partenariats et les moyens qui l’accompagnent.

Mais cette troisième édition nous confirme surtout une chose : ce projet a du sens, il trouve son public et il mérite de continuer à grandir.

Quelle place les femmes occupent-elles aujourd’hui dans cet environnement musical ?

Alicia : La place des femmes dans la musique a toujours été essentielle. Il y a toujours eu des femmes qui créent, qui jouent, qui composent, qui transmettent et qui dirigent. Ce qui a longtemps manqué, ce n’est pas le talent, mais la visibilité, les opportunités et l’accès aux mêmes espaces.

Et ce n’est évidemment pas propre à la musique : les femmes ont dû conquérir leur place dans pratiquement tous les domaines professionnels et artistiques. Aujourd’hui encore, les écarts restent importants, notamment en matière de représentation sur les scènes, dans les programmations et dans les postes de direction.

Dans le mariachi aussi, les choses évoluent énormément. Il y a de plus en plus de femmes musiciennes, mais aussi des cheffes, des directrices et des fondatrices de leurs propres ensembles. C’est précisément cette évolution que le festival veut rendre visible.

Les femmes ont le talent, la créativité, la discipline et la force nécessaires pour occuper pleinement ces espaces. Il ne s’agit pas de leur faire une place : elles l’ont déjà. Il faut simplement qu’elles puissent l’occuper avec la même visibilité et les mêmes possibilités.

Quel message souhaites-tu transmettre aux jeunes qui liront cette interview ?

Alicia : Je leur dirais de s’accrocher à leurs rêves et de travailler avec détermination pour les réaliser, tout en restant profondément eux-mêmes. Il n’y a pas un seul chemin ni une seule manière de réussir. On peut avoir plusieurs passions, plusieurs talents, plusieurs vies même : on ne peut peut-être pas tout faire en même temps, mais on peut accomplir énormément de choses lorsqu’on sait ce qui nous tient à cœur et qu’on accepte de travailler pour y arriver.

Je leur dirais aussi de prendre soin d’eux-mêmes, de leur intégrité et de ne pas oublier la force du collectif. Nous avons besoin de réapprendre à travailler ensemble.

On ne peut peut-être pas changer le monde à nous seuls, mais chacun peut apporter ce qu’il sait faire de mieux, avec ses propres outils et ses propres talents, pour contribuer à un monde un peu plus serein, plus solidaire, plus dans l’être et moins dans le paraître!

Table ronde à la Médiathèque Musicale de Paris (25/09/2026)
CHEFFES DE MARIACHIS : LEADERSHIP, PASSION ET HOMMAGE AUX PIONNIÈRES

Merci encore de nous avoir accompagnés et de nous aider à raconter cette histoire, si importante pour nous !

Merci à vous toutes de votre confiance, c’était un immense plaisir de rencontrer ces femmes inspirantes lors la table ronde à la Médiathèque Musicale de Paris.

De gauche à droite : Dinorah Kingler – Mariachi Bonitas (California, USA) ; Adriana Chavarín – Mariachi Femenil Cocula (Jalisco, Mexique) ; Alicia Leos – Fondatrice du Festival Femme Mariachi Europe ; Diane Cardoso-Gomes – Fondatrice Paris Latina News ; Mayra Casillas & Laura Macías – Innovación Mexicana (Jalisco, Mexique) ; Yvonne Lopez – Mariachi Rubor (Arizona,USA).