Nancy Ramirez, designer d’intérieur et fondatrice des soirées Despechadas Night

Despechadas Night est bien plus qu’une soirée festive : c’est un phénomène culturel qui célèbre la musique latino comme vecteur d’émotions, de résilience et de lien social. Je vous propose de découvrir cette expérience itinérante mêlant karaoké collectif, spectacle et catharsis émotionnelle à travers le portrait de la fondatrice : Nancy Ramirez, d’origine mexicaine, actuellement installée à Paris.

Par Diane Cardoso-Gomes (interview en français | en espagnol)

Bonjour Nancy, avant de nous présenter le concept des soirées Despechadas Night, peux-tu nous partager ton parcours ? Quand es-tu arrivée en France ?

Nancy : Bonjour Diane, avec grand plaisir.

La première fois que je suis venue en France, c’était en 2014, dans le cadre d’un échange universitaire. Ce séjour a fait naître chez moi l’envie d’y revenir un jour, non seulement pour vivre une expérience personnelle, mais aussi pour construire un parcours professionnel.

Je suis designer d’intérieur et de mobilier. Avant de m’installer en France, j’avais déjà créé mon propre studio de design au Mexique, où je réalisais des projets d’aménagement commerciaux et résidentiels. Lorsque l’opportunité de venir vivre ici s’est présentée, j’ai décidé de mettre ce projet entre parenthèses pour réaliser un autre grand rêve.

Aujourd’hui, cela fait quatre ans que je vis en France. Durant cette période, j’ai eu la chance de travailler dans plusieurs entreprises du secteur du design, où j’ai découvert les méthodes, les processus et les exigences de l’industrie française. Cette expérience a été essentielle pour relancer mon studio, Casa Flair, cette fois comme un studio de design binational entre le Mexique et la France.

Au fil de ces années, j’ai travaillé sur des projets commerciaux dans les deux pays : des showrooms, des fleuristes, des bars, des cafés et différents espaces liés à l’hospitalité. En parallèle, je me suis également rapprochée du monde de l’événementiel en participant à la scénographie de festivals de musique et d’événements culturels, comme la célébration du Día de Muertos à Reims.

Toutes ces expériences m’ont transformée. Elles m’ont permis d’évoluer bien au-delà de mon métier de designer pour développer une véritable vision de directrice créative. Aujourd’hui, ce qui me passionne, c’est de concevoir des concepts, des espaces et des expériences qui créent du lien entre les personnes, les marques et les émotions, tout en construisant un véritable pont culturel entre la France et le Mexique.

Comment est née l’idée de créer Despechadas Night ?

Nancy : L’idée de Despechadas Night est née en avril de cette année. D’une certaine manière, c’est la suite naturelle de cette nouvelle vision : ne plus créer uniquement des espaces physiques, mais aussi des espaces émotionnels.

Mais en réalité, cette histoire commence bien plus tôt.

Quand j’avais environ neuf ans, mes parents tenaient un petit commerce dans un village du sud du Mexique. Ils avaient une salle d’arcade… et aussi un karaoké. C’était très simple : une télévision, quelques tabourets, un micro. Les gens arrivaient, payaient quelques pesos pour une chanson et chantaient. Ce n’était pas une fête. C’était un endroit où chacun venait se libérer, oublier ses soucis et exprimer ses émotions.

C’est là que j’ai découvert le karaoké, et depuis, je l’ai toujours associé à la culture mexicaine et latino-américaine.

En vivant aujourd’hui loin de mon pays, en tant que migrante, j’ai encore davantage compris ce qu’il représente. Quand on pense à l’Amérique latine, on parle souvent du reggaeton, de la salsa ou des rythmes tropicaux. Mais ce qui nous caractérise aussi, c’est notre manière de vivre nos émotions. Nous célébrons, nous pleurons, nous guérissons, nous surmontons les peines de cœur… en chantant ensemble. Au Mexique, chaque réunion de famille ou entre amis finit presque toujours autour d’un karaoké. C’est une tradition profondément ancrée dans notre culture, et qui connaît aujourd’hui un véritable succès dans toute l’Amérique latine.

L’idée a commencé à prendre forme pendant que je travaillais sur le projet de design et de décoration du The Shop Bar, à Reims. Pour moi, c’était l’occasion parfaite de réunir mes deux univers : inaugurer un lieu que j’avais imaginé avec Casa Flair et y lancer, en même temps, la toute première édition de Despechadas Night.

J’en ai d’abord parlé à Grecia, une traiteuse mexicaine qui avait déjà de l’expérience dans l’organisation d’événements à Reims. Puis j’ai présenté le concept à Bastien, le gérant du bar. Même s’il ne connaissait pas encore vraiment le projet, il a choisi de nous faire confiance et de nous ouvrir les portes de son établissement.

C’est ainsi qu’est née la première édition pilote, en avril, qui a dépassé toutes nos attentes.

Quels ont été les principaux défis pour faire grandir ce projet ?

Nancy : Sans aucun doute, le plus grand défi a été la charge physique et émotionnelle que représente le fait de construire, en parallèle, deux projets avec des identités complètement différentes.

D’un côté, il y a Casa Flair, consacré au design d’intérieur et à la création d’espaces. De l’autre, Despechadas Night, qui évolue dans l’univers de l’événementiel et du divertissement. Les deux demandent énormément d’énergie, des stratégies différentes et une grande capacité d’adaptation.

C’était également la première fois que j’organisais un événement de cette ampleur en dehors du Mexique. Et comme j’aime souvent le dire en souriant : en France, chaque projet semble toujours avoir un niveau de difficulté supplémentaire.

Malgré tout, je me sens extrêmement chanceuse. En si peu de temps, j’ai rencontré des personnes incroyables qui ont cru en Despechadas Night dès le premier jour et qui continuent aujourd’hui à faire partie de cette aventure.

Et surtout, l’accueil de la communauté latino-américaine a été exceptionnel. Certaines personnes n’ont manqué aucune édition, d’autres ont même fait plusieurs heures de route pour venir vivre l’expérience. C’est la plus belle preuve que nous sommes en train de construire quelque chose qui crée une véritable connexion.

Quels sont tes projets pour les prochains mois ? Envisages-tu de nouvelles villes, de nouveaux formats ou des collaborations internationales ?

Nancy : Notre objectif est de consolider un rythme de deux éditions par mois : une à Paris, qui est aujourd’hui notre ville de référence, et une autre dans une ville différente en France, voire ailleurs en Europe.

Nos prochains rendez-vous sont déjà confirmés : le 22 août, nous revenons chez Hacienda Malinche, notre maison à Paris, puis le 29 août nous organiserons la toute première édition de Despechadas Night à Toulouse.

À moyen terme, nous souhaitons développer une véritable communauté à l’échelle européenne. Nous aimerions créer des collaborations avec des ambassadrices locales dans des pays comme la Belgique ou l’Allemagne, en privilégiant toujours les projets portés par des entrepreneures latino-américaines.

Plus qu’organiser des soirées, notre ambition est de créer un réseau qui valorise notre culture et permette à chaque Latino de retrouver un petit morceau de chez lui, où qu’il vive.

Toutes nos prochaines dates sont disponibles sur nos réseaux sociaux ainsi que sur notre site internet.

Quel message souhaites-tu transmettre aux jeunes?

Nancy : Je leur dirais d’oser.

Et si la peur est là… qu’ils osent quand même.

Je suis convaincue que tous les projets qui comptent, toutes les décisions capables de changer une vie, s’accompagnent forcément de difficultés. La vraie question est simplement de choisir quelles difficultés nous voulons traverser : celles de rester là où nous sommes, ou celles de construire la vie dont nous rêvons.

Aucun chemin n’est facile. Mais autant que les obstacles aient un sens et qu’ils nous rapprochent de ce qui nous fait vibrer.

Alors, plus vous oserez faire ce premier pas, plus vite vous franchirez ces étapes qui, avec le temps, vous rapprocheront de vos objectifs.

VERSION EN ESPAGNOL

Nancy Ramirez, diseñadora de interiores y fundadora de las noches Despechadas Night

Despechadas Night es mucho más que una noche festiva: es un fenómeno cultural que celebra la música latina como vehículo de emociones, resiliencia y conexión social. Les invito a descubrir esta experiencia itinerante que combina karaoke colectivo, espectáculo y catarsis emocional, a través del retrato de su fundadora: Nancy Ramirez, de origen mexicano, actualmente afincada en París.

Por Diane Cardoso-Gomes (entrevista en francés | en español)

Hola Nancy, antes de presentarnos el concepto de las noches Despechadas Night, ¿puedes compartirnos tu trayectoria? ¿Cuándo llegaste a Francia?

Nancy: Hola Diane, con mucho gusto.

La primera vez que vine a Francia fue en 2014, en el marco de un intercambio universitario. Esa estancia despertó en mí el deseo de regresar algún día, no solo para vivir una experiencia personal, sino también para construir una trayectoria profesional.

Soy diseñadora de interiores y mobiliario. Antes de instalarme en Francia, ya había creado mi propio estudio de diseño en México, donde realizaba proyectos de acondicionamiento de espacios comerciales y residenciales. Cuando surgió la oportunidad de venir a vivir aquí, decidí poner este proyecto en pausa para hacer realidad otro gran sueño.

Hoy llevo cuatro años viviendo en Francia. Durante este tiempo, tuve la oportunidad de trabajar en varias empresas del sector del diseño, donde descubrí los métodos, los procesos y las exigencias de la industria francesa. Esta experiencia fue fundamental para relanzar mi estudio, Casa Flair, esta vez como un estudio de diseño binacional entre México y Francia.

A lo largo de estos años, he trabajado en proyectos comerciales en ambos países: showrooms, floristerías, bares, cafeterías y diferentes espacios relacionados con la hostelería. Paralelamente, también me fui acercando al mundo de los eventos, participando en la escenografía de festivales de música y eventos culturales, como la celebración del Día de Muertos en Reims.

Todas estas experiencias me han transformado. Me han permitido evolucionar mucho más allá de mi profesión como diseñadora y desarrollar una verdadera visión de directora creativa. Hoy, lo que me apasiona es diseñar conceptos, espacios y experiencias que creen vínculos entre las personas, las marcas y las emociones, al mismo tiempo que construyen un verdadero puente cultural entre Francia y México.

¿Cómo nació la idea de crear Despechadas Night?

Nancy: La idea de Despechadas Night nació en abril de este año. De alguna manera, es la continuación natural de esta nueva visión: dejar de crear únicamente espacios físicos para crear también espacios emocionales.

Pero, en realidad, esta historia comenzó mucho antes.

Cuando tenía unos nueve años, mis padres tenían un pequeño negocio en un pueblo del sur de México. Tenían una sala de maquinitas y también un karaoke. Era algo muy sencillo: un televisor, algunos taburetes y un micrófono. La gente llegaba, pagaba unos pesos por una canción y cantaba. No era una fiesta. Era un lugar al que cada persona acudía para liberarse, olvidar sus preocupaciones y expresar sus emociones.

Fue allí donde descubrí el karaoke y, desde entonces, siempre lo he asociado con la cultura mexicana y latinoamericana.

Al vivir hoy lejos de mi país, como migrante, he comprendido aún más lo que representa. Cuando pensamos en América Latina, a menudo hablamos del reguetón, la salsa o los ritmos tropicales. Pero lo que también nos caracteriza es nuestra manera de vivir nuestras emociones. Celebramos, lloramos, sanamos, superamos las decepciones amorosas… cantando juntos. En México, cada reunión familiar o entre amigos termina casi siempre alrededor de un karaoke. Es una tradición profundamente arraigada en nuestra cultura y que hoy tiene un verdadero éxito en toda América Latina.

La idea comenzó a tomar forma mientras trabajaba en el proyecto de diseño y decoración de The Shop Bar, en Reims. Para mí, era la oportunidad perfecta de reunir mis dos mundos: inaugurar un lugar que había imaginado con Casa Flair y, al mismo tiempo, lanzar allí la primera edición de Despechadas Night.

Primero se lo conté a Grecia, una catering mexicana que ya tenía experiencia en la organización de eventos en Reims. Después presenté el concepto a Bastien, el gerente del bar. Aunque todavía no conocía realmente el proyecto, decidió confiar en nosotros y abrirnos las puertas de su establecimiento.

Así nació la primera edición piloto, en abril, que superó todas nuestras expectativas.

¿Cuáles fueron los principales desafíos para hacer crecer este proyecto?

Nancy: Sin duda, el mayor desafío ha sido la carga física y emocional que supone desarrollar, al mismo tiempo, dos proyectos con identidades completamente diferentes.

Por un lado, está Casa Flair, dedicado al diseño de interiores y a la creación de espacios. Por otro, Despechadas Night, que se desarrolla en el mundo de los eventos y el entretenimiento. Ambos requieren muchísima energía, estrategias diferentes y una gran capacidad de adaptación.

También era la primera vez que organizaba un evento de esta magnitud fuera de México. Y, como suelo decir sonriendo: en Francia, cada proyecto parece tener siempre un nivel adicional de dificultad.

A pesar de todo, me siento extremadamente afortunada. En muy poco tiempo, he conocido a personas increíbles que creyeron en Despechadas Night desde el primer día y que hoy siguen formando parte de esta aventura.

Y, sobre todo, la acogida de la comunidad latinoamericana ha sido excepcional. Algunas personas no se han perdido ninguna edición; otras incluso han recorrido varias horas en coche para venir a vivir la experiencia. Es la mejor prueba de que estamos construyendo algo que genera una verdadera conexión.

¿Cuáles son tus proyectos para los próximos meses? ¿Tienes previsto llegar a nuevas ciudades, desarrollar nuevos formatos o realizar colaboraciones internacionales?

Nancy: Nuestro objetivo es consolidar un ritmo de dos ediciones al mes: una en París, que actualmente es nuestra ciudad de referencia, y otra en una ciudad diferente de Francia, o incluso en otro lugar de Europa.

Nuestros próximos encuentros ya están confirmados: el 22 de agosto, regresamos a Hacienda Malinche, nuestra casa en París, y el 29 de agosto organizaremos la primera edición de Despechadas Night en Toulouse.

A medio plazo, queremos desarrollar una verdadera comunidad a escala europea. Nos gustaría crear colaboraciones con embajadoras locales en países como Bélgica o Alemania, dando siempre prioridad a proyectos liderados por mujeres emprendedoras latinoamericanas.

Más que organizar fiestas, nuestra ambición es crear una red que ponga en valor nuestra cultura y permita a cada latino encontrar un pequeño pedacito de su hogar, esté donde esté.

Todas nuestras próximas fechas están disponibles en nuestras redes sociales y en nuestro sitio web.

¿Qué mensaje te gustaría transmitir a los jóvenes?

Nancy: Yo diría que se atrevan, y que si tienen miedo, que lo hagan con miedo.

Estoy convencida de que todos los proyectos que realmente importan, todas las decisiones capaces de cambiar una vida, vienen necesariamente acompañados de dificultades. La verdadera pregunta es simplemente elegir qué dificultades queremos atravesar: las de quedarnos donde estamos o las de construir la vida con la que soñamos.

Ningún camino es fácil. Pero ya que vamos a enfrentarnos a obstáculos, al menos que tengan un sentido y que nos acerquen a aquello que nos apasiona.

Así que, cuanto más se atrevan a dar ese primer paso, más rápido superarán esas etapas que, con el tiempo, los acercarán a sus objetivos.